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Erreurs 1-2
Fahrenheit 9/11 commence la nuit des élections en 2000. On voit tout d’abord Al Gore monter sur scène avec des musiciens connus et une foule très animée. Sur la pancarte apparaissant sur scène on peut lire « Florida Victory ». Moore crée l’impression que Gore fête sa victoire en Floride.
En vérité, cette réunion se déroule dans les premières heures du jour des élections, avant l’ouverture des urnes. Gore faisait campagne en Floride le jour du vote [ NdT : ce qui est interdit en France, d’où une compréhension biaisée pour les Français], mais rentra chez lui au Tennessee pour attendre les résultats. La pancarte « Florida Victory » reflète les espoirs de Gore, et non pas les résultats des élections. (« Gore Campaigns Into Election Day, » Associated Press, Nov. 7, 2000.)
Le film montre CBS et CNN indiquant que la Floride avait choisi Al Gore. D’après le narrateur, « Puis on remarque que Fox News indique que les résultats étaient en faveur de l’autre type….Tout à coup les autres chaînes se disent, ‘Hé, si Fox le dit, c’est que c’est vrai.’ »
On voit alors le porte-parole de NBC Tom Brokaw faire la déclaration suivante, « Toutes nos chaînes ont fait une erreur en plaçant la Floride dans le camp d’ Al Gore. Ce fut notre erreur. »
Ainsi Moore crée la fausse impression que les chaînes ont retiré leur affirmation à propos de la victoire de Gore en Floride au moment où elles remarquèrent que Fox donnait Bush vainqueur dans cet Etat.
En fait, les chaînes qui donnèrent la Floride à Gore le firent si tôt dans la soirée — avant même que les bureaux de vote soient fermés en Floride, qui appartient à la Central Time Zone [Ndt : aux USA, il y a 7 heures légales : Atlantique, Est, Central, Montagne, Ouest, Alaska et Hawaï, avec deux variantes : l'heure standard applicable en hiver et l'heure « de la lumière du jour » qui correspond à notre heure d'été puisqu'on l'applique en été en ajoutant une heure à l'heure standard]. NBC donne la Floride à Gore à 19:49:40 p.m., Eastern Time. C’est-à-dire 10 minutes avant la fermeture des bureaux de vote en Floride. Trente secondes plus tard, CBS donne la Floride à Gore. Et à 19:52, Fox donne aussi la Floride à Gore. Moore n’informe jamais les spectateurs que Fox était parmi les chaînes ayant fait l’erreur de donner prématurément la victoire à Al Gore en Floride. Puis à 20:02 p.m., ABC donne la Floride à Gore. Seule ABC a attendu la fermeture des bureaux de vote en Floride.
A peu près 1 heure avant la fermeture des bureaux de vote en Floride, les chaînes donnent la victoire aux élections sénatoriales en faveur du candidat Démocrate. Les médias maquillent nettement la réalité car à 6-7 Central Time, ils annoncent plusieurs fois que les bureaux de vote sont fermés en Floride—alors que certains bureaux étaient encore ouverts dans certaines parties de l’Etat. (cf Joan Konner, James Risser & Ben Wattenberg, Television's Performance on Election Night 2000: A Report for CNN, Jan. 29, 2001.)
Les fausses déclarations sur la fermeture des bureaux de vote, tout comme les annonces prématurées (l’élection présidentielle 10 minutes avant ; les sénatoriales 1 heure avant), ont peut être coûté à Bush des centaines de voix dans les enclaves conservatrices, en décourageant les électeurs de dernière minute ayant entendu que leur Etat avait déjà fait son choix à aller voter; certains alors même qu’ils étaient sur la route pour aller voter, firent demi tour pour rentrer chez eux.. D’autres qui attendaient leur tour pour voter quittèrent même le bureau de vote. En Floride, comme partout, des électeurs arrivés au bureau de vote avant sa fermeture votèrent souvent après la fermeture, à cause des longues files d’attente. Les spécialistes de la politique savent très bien que les supporters du candidat perdant sont plus enclins à renoncer à voter si ils entendent que leur parti a perdu. Ainsi, le soir des élections en 1980, lorsque le Président sortant Jimmy Carter fit un discours défaitiste alors que les bureaux de vote étaient encore ouverts sur la cote Ouest. On reproche à ce discours prématuré d’avoir coûté aux Démocrates de nombreux sièges au Congrès dans l’Ouest, parmi lesquels celui du vétéran en politique (20 ans!) James Corman. Le fait que tous les medias aient donné à Reagan une victoire écrasante alors que la cote Ouest était encore en train de voter a une grande part dans l’échec des Démocrates à l’Ouest. Le Congrès avait même entendu des propositions au sujet de l’interdiction de révéler les résultats à la sortie des urnes avant que le vote ne soit terminé dans au moins 48 Etats contigus.
Même si les annonces télévisées prématurées ont affecté également les électeurs potentiels des deux camps, l’effet fut l’affaiblissement significatif des votes Républicains, car la Floride est avant tout un bastion Républicain. La plupart de la zone Central Time de Floride se trouve dans le 1er Congressional District, qu’on appelle parfois la « Redneck Riviera ». Dans ce district, Bob Dole avait battu Bill Clinton de 69.000 voix en 1996, alors que Clinton avait remporté l’Etat par 300,000 voix. La déception face aux résultats gagna toute cette partie de l’Etat, et par conséquent les votes Républicains baissèrent plus que les Démocrates. Une étude de 2001 par John Lott suggère que les annonces prématurées coûtèrent à Bush au moins 7.500 voix, et peut être beaucoup plus. Une autre étude montre que les médias ont provoqué la diminution du nombre de votant dans cette partie de l’Etat, perte d’environ 19000 électeurs, coûtant à Bush a peu près 12.000 voix pour 7.000 à Gore.
A 22:00, quelles chaînes sont les 1eres à se rétracter dans leur annonce de la victoire de Gore en Floride ? Il s’agit de CNN et CBS, pas du tout de Fox. (Les deux chaînes ont agi sur décision commune de leurs directions.) Voir Linda Mason, Kathleen Francovic & Kathleen Hall Jamieson, « CBS News Coverage of Election Night 2000: Investigation, Analysis, Recommendations » (CBS News, Jan. 2001), pp. 12-25.)
En fait, Fox ne s'est pas rétractée dans son annonce que Gore avait gagné la Floride avant 2 a.m.--4 heures après que les autres chaînes aient retiré leur annonce.
Quatre heures plus tard, à 2:16 a.m., Fox projette Bush comme étant le gagnant en Floride, ce que feront les autres chaînes à 2:20 a.m.
A 3:59 a.m., CBS est la 1ere à se rétracter dans cette annonce de la victoire de Bush. Toutes les autres chaînes, même Fox, suivent CBS 8 minutes plus tard. Que les chaînes arrivent à des conclusions similaires en une très courte période n’est pas surprenant, parce qu’elles utilisent toutes la même base de données du Voter News Service (VNS). (Mason, et al. « CBS News Coverage. ») Comme le montre l’article de CBS, au cours de la soirée toutes les chaînes utilisent les données VNS pour annoncer les résultats des Etats, et ce même si le VNS n’a pas lui même encore fait l’annonce ; les annonces télévisées étant parfois faites des heures avant l’annonce du VNS.
La technique de présentation par Moore de la nuit des élections est caractéristique de son style : toutes les vidéos sont de vrais vidéos, et rien de ce qu’il dit, au sens restreint du terme, faux. Mais remarquez comment il dit : « Puis on remarque que Fox News indique que les résultats étaient en faveur de l’autre type… » L’impression créée est que Fox donne la Floride à Bush juste après que CBS et CNN aient annoncé la Floride pour Gore, et que Fox pousse les autres chaînes à changer (« Tout à coup les autres chaînes se disent, ‘Hé, si Fox le dit, c’est que c’est vrai.’ »)
C’est l’essence même de la technique de Moore: mélanger habilement des moitiés de vérité pour tromper le spectateur.
[Réponse de Moore : Sur la victoire en Floride, aucune. Sur les annonces des medias : fournit des citations des 1eres annonces incorrectes sur la victoire de Gore en Floride, aux alentours 20 Eastern Time, et sur l’annonce des chaînes, tard dans la nuit, de la victoire de Bush autour de 2:20 a.m. Ne mentionne pas la rétractation de l’annonce sur Gore pour la Floride à 22, ou que CBS était la 1ere à se rétracter.]
Erreur 3
Comment Bush a-t-il gagné la Floride?
« En second lieu, assurez vous que votre directrice de campagne et aussi la femme qui va recompter les voix.« En réalité, la Secrétaire d’Etat de Floride Katherine Harris (qui était co-directrice de la campagne de Bush pour la Floride, et non « la directrice ») n’était pas « la femme qui a recompté les voix. » Le décompte des voix en Floride est effectué par les commissaires aux élections de chaque comté. La Secrétaire d’Etat de Floride authentifie simplement les votes. Le bureau ne compte pas les votes.
Un peu plus loin, Fahrenheit montre Jeffrey Toobin (un avocat qui officie parfois sur CNN) déclarant que si la Cour Suprême avait permis un 3e décompte après la date légale, « dans tous les scénarios envisageables, Gore gagnait les élections. »
Fahrenheit ne montre qu’un fragment de la remarque de Toobin sur CNN. Ce que Fahrenheit ne montre pas est que Toobin admet sur CNN que le seul scénario pour une victoire de Gore impliquait un type de décompte que Gore n’a jamais demandé dans ces différents procès, car violant les lois de l’Etat de Floride. La théorie de Toobin se base de plus sur les voix ré-attribuées (alors qu’elles sont clairement marquées comme allant au candidat Pat Buchanan) à Gore, bien qu’aucunes dispositions dans la loi de Floride ne permette d’estimer pour qui un électeur désirait »VRAIMENT » voter et a qui son vote pouvait être ré-attribué.
Une étude d’un consortium de titres de la presse écrite ( incluant le Miami Herald et USA Today) réfute l’affirmation de Fahrenheit selon laquelle Gore aurait gagné quel que soit le scénario. Comme le résume USA Today, le 11 mai 2001:
« Qui aurait gagné si Al Gore avait eu le décompte manuel qu’il réclamait dans 4 comtés ? Réponse : George W. Bush. » « Qui aurait gagné si la Cour Suprême des Etats-Unis n’avait pas arrêté le recomptage manuel des sous-votes, c’est-à-dire les scrutins que les machines de décompte ne pouvaient pas lire ? Réponse: Bush, selon 3 modes de recomptage sur 4. » « Qui aurait gagné si tous les votes contestables — parmi lesquels ceux rejetés par les machines car ayant plus d’un choix pour les présidentielles [Ndt : aux USA on vote pour plusieurs élections en même temps et en Floride, les bulletins étaient des cartes à poinçonner] — avaient été recomptés manuellement? Réponse : Bush, selon les 2 modes de recomptages les plus utilisés ; Gore, selon les 2 moins utilisés. »
Au cours de la controverse sur l’élection en Floride, les regards se sont focalisés sur les « sous-votes »—scrutins qui avaient été «disqualifiés » parce que les votants n’avaient pas bien indiqués un candidat en poinçonnant leur bulletin. Ceux qui recomptèrent tentèrent de discerner les intentions des votants dans ces bulletins imparfaitement marqués. Ainsi, si le bulletin avait un « bout de papier non détaché » [Ndt : « hanging chad »], un « recompteur » officiel pouvait décider que le votant voulait voter pour un candidat, mais n’avait pas réussi à bien poinçonner entièrement ; alors le « recompteur » décernait à ce candidat un vote à partir des scrutins « abîmés ». Gore recherchait les recomptages additionnels seulement dans ces sous-votes. Le seul scénario par lequel Gore aurait gagné la Floride aurait été qu’on ne recompte pas les « sur-votes »—c’est-à-dire les scrutins rejetés car le votant avait choisi plus d’un candidat (ou en cochant 2 noms ou en poinçonnant 2 noms ). La plupart des sur-votes récupérables étaient ceux où le votant avait poinçonné un n om (ou coché) et aussi écrit le nom du candidat sur la ligne en blanc. Les équipes de Gore ne cherchèrent jamais à faire recompter les « sur-votes », c’est pourquoi même si la Cour Suprême avait autorisé la continuation du recomptage des voix en Floride au-delà de la date légale, Bush aurait remporté le recomptage additionnel que Gore demandait.
Une étude séparée conduite par un autre consortium de la presse écrite incluant le New York Times et le Wall Street Journal montra que si il y avait eu un recompte dans tout l’Etat de Floride à la fois des sur-votes et des sous-votes, Gore l’aurait emporté selon 7 modes de recompte différents. Cependant, si il y avait eu des recomptes partiels selon les modes demandés par Gore ou ordonnés par la Cour Suprême de Floride, Bush l’aurait emporté à chaque fois.
Une enquête Internet très intéressante publiée par le New York Times permettait aux lecteurs de modifier les données comme ils l’entendaient: quel mode de décompte pour les scrutins, quel système de recomptage utiliser, et comment comptabiliser les « sur-votes ». Il est certainement possible selon certains scénarios de produire une victoire de Gore. Mais il est indéniablement malhonnête de dire, comme Farenheit le fait, que Gore aurait gagné dans tous les cas de figure.
Moore amplifie la tromperie avec un montage des titres de différents journaux, prétendant montrer que Gore avait vraiment gagné. Un article daté du 19 décembre 2001 a apparemment pour gros titre, « Les derniers recomptages en Floride montrent que Gore avait gagné L’élection. » L’article vient apparemment du The Pantagraph, un quotidien de Bloomington dans l’ Illinois. Mais, en réalité, le titre est tout simplement celui d’une lettre du courrier des lecteurs—pas une information. Ce titre du courrier des lecteurs a été délibérément agrandi pour le faire ressembler à un gros titre informatif. La vraie lettre imprimée ne ressemble en rien à l’ « article » fabriqué par Moore pour le film. La lettre est du 5 décembre, pas du 19 Décembre. The Pantagraph contacta le bureau de Moore pour lui demander des explications, mais ce dernier refusa de faire tous commentaires.
L’avocat du Pantagraph envoya aux distributeurs de Fahrenheit une lettre déclarant que l’utilisation par Moore du faux titre et de l’histoire n’était pas « autorisée », « trompeuse » et « non représentative des faits réels. » La lettre déclare que Moore enfreint le copyright de The Pantagraph, et réclame des excuses, une rectification, et des explications. Ces lettres demandent à Moore de « corriger l’information inexacte dépeinte dans [son] film. »
Les avocats de Moore ont répondu en affirmant qu’il n’y avait rien de trompeur dans ce titre fabriqué. Richard Soderlund, un professeur d’Histoire de l4université de l’ Illinois, qui est l’auteur de la letter d’origine, a dit au Chicago Tribune, « Ils ont dénaturé un document. Cela s’appelle falsifier l’Histoire ’’
[Réponse de Moore: cite les articles compatibles avec mes explications. Ne reconnaît pas que les seuls scénarios pour une victoire de Gore impliquaient des méthodes de recomptage que Gore n’a jamais réclamé dans ses procès. Dire aux spectateurs que Gore aurait gagné quels que soient les scénarios est absurde. Pas d’explications sur la fraude du Pantagaph.]
Florida Purge of Convicted Felons from Voter Rolls Deceit 4
Selon Fahrenheit, les « copains » de Bush utilisèrent des technologies d’analyse des Bases de Données [Ndt : Data Base Technologies] pour éliminer les électeurs de Floride qui aurait pu voter pour Gore, et ces électeurs potentiels furent purgés des listes électorales sur la base de critères raciaux. (« Deuxièment, assurez vous que votre directrice de campagne est aussi celle qui recompte les votes. Et que son Etat a engagé une entreprise qui va virer des listes ceux qui ne sont pas décidés à voter pour vous. Vous pouvez aisément les reconnaître à la couleur de leur peau. ») Comme l’explique le Palm Beach Post, cette affirmation de Moore est extrêmement incomplète, et, sur au moins un point, complètement fausse.
Les élections municipales de 1998 à Miami furent un fiasco. Elles furent déclarées nulles par les Cours de Floride, parce que - en violation des lois de l' état de Floride – des criminels reconnus avaient eu le droit de vote. La législation de Floride ordonne à l’Exécutif de radier les criminels des listes électorales avant chaque élection. Suivant les instructions officielles de la Floride, les Data Base Technologies (DBT) doivent permettre de faire la chasse à tous les criminels reconnus qui sont inscrits illégalement sur les listes électorales de l’Etat.
Il se passa deux problèmes majeurs avec cette radiation. Tout d’abord, certains Etats permettent aux condamnés de voter une fois qu’ils ont effectués toute leur peine. Certains de ces ex-condamnés se sont installés en Floride et ont récupéré, grâce à une décision de justice, leur droit de vote. La Floride n’a pas correctement radié ces condamnés « immigrés ».
Ensuite, les efforts importants pour identifier tous ces condamnés amenèrent de nombreuses erreurs avec, par exemple, des gens qui, possédant le même nom que des condamnés, furent radiés par erreur. Les électeurs radiés furent, dans la plupart des cas, avertis plusieurs mois avant les élections et purent donc faire appel, mais la nécessité de déposer un dossier d’appel fut, en elle même, une barrière qui découragea quelques plaignants légitimes, des citoyens honnêtes qui ne purent voter. D’après le Palm Beach Post, au moins 1100 personnes furent radiées par erreur
L’énormité du nombre de radiations était bien connue en Floride bien avant les élections. Par conséquent, les responsables des élections dans 20 des comtés de Floride ne tinrent pas compte entièrement des listes de radiés. Dans ces comtés, des condamnés purent voter. De même toujours d’après Post, des centaines de criminels purent voter par erreur dans 20 autres comtés. L' analyse d’ Abigail Thernstrom et de Russell G. Redenbaugh, différant en cela du rapport de l’ U.S. Civil Rights Commission, suggère qu’environ 5,600 condamnés votèrent illégalement en Floride. (La différence avec l’analyse de Thernstrom/Redenbaugh explique pourquoi on doit donner peu de crédit au rapport « officiel », produit sans doute par des gens ignorant volontairement certaines données.) Lorsqu’ils ont le droit de vote, les condamnés votent approximativement à 69 % pour les Démocrates, d’après l’ étude de l’ American Sociological Review. Par conséquent, si les centaines de condamnés des 20 comtés n’ayant pas tenu compte des radiations n’avait pas pu voter illégalement, les marges de Bush auraient été encore plus grandes. Mais même au delà de cela, l’assertion de Moore selon laquelle les radiations furent faites selon des critères raciaux est indiscutablement fausse. Comme le montre le Palm Beach Post, toutes les preuves montrent que les Data Base Technologies n’utilisent pas les critères raciaux pour les radiations. En effet, le refus des DBT de prendre note des critères raciaux des électeurs est un des éléments à l’origine des nombreuses erreurs d’identité.
Les ordinateurs des DBT ont confondu certaines personnes avec des condamnés, bien que dans des dizaines de cas ils ne partageaient pas le même nom, ni la même date de naissance, ni le même sexe, ni la même origine raciale, etc …. Ni le compte rendu des enregistrements de l’ Etat, ni les e-mails internes des employés des DBT, ni les témoignages devant la commission des droits civils et un détachement spécial pour les élections ne purent montrer la preuve que les minorités étaient spécialement visées. Les enregistrements montrent que les DBT avait dit à l’Etat de ne pas utiliser la race comme critère d’identification des condamnés. La liste elle même se rapporte à cela: plus de 1,000 électeurs furent confondus avec des condamnés alors qu’ils n’étaient pas de la même origine raciale.
Les enregistrements des dossiers d’appel confirment les éléments trouvés du Palm Beach Post. Sur la base des chiffres du nombre d’ appels remportés, le nombre de Noirs radiés par erreur des listes électorales furent diminué : 5.1 % remportèrent l’appel. Des radiés Hispaniques, 8.7 %. Des radiés Blancs, 9.9 %. John R. Lott, Jr., « Nonvoted Ballots and Discrimination in Florida, » Journal of Legal Studies, vol. 32 (Jan. 2003), p. 209. Bien entendu il est théoriquement possible que les responsables des appels aient pu faire preuve de discrimination envers les Noirs, ou que les radiés Noirs n’aient pas fait appel autant que ceux des autres races. Mais personne n’a apporté la preuve de ces possibilités.
[Réponse de Moore: cite plusieurs article sur la purge des condamnés. N'apporte aucunes preuves à sa déclaration affirmant que les électeurs étaient ciblés selon leur race ]
Bush Presidency before September 11 Erreur 5
Le film évoque une émeute anti-Bush à Washington, D.C., le jour de l’investiture de Bush. Moore déclare que les manifestants avaient »bombardé d’oeufs la limousine de Bush.« En réalité, il ne s’agit que d’ un seul oeuf, selon les sources de la BBC. D’après Moore, « Aucun président n’avait vécu ce genre d’événements le jour de son investiture « Selon CNN, Richard Nixon avait du faire face à ce genre de protestations en 1969 et 1973. D’après USA Today, les organisateurs de cette manifestation anti-Bush ont déclaré avoir réuni 20,000 personnes, alors que les manifestations anti-Nixon en1973 avaient réuni plus de 60,000 personnes. (USA Today, Jan. 20, 2001).
Moore dit, « Le plan qui prévoyait que Bush sorte de la limousine pour effectuer le traditionnel trajet à pied vers la Maison Blanche fut jeté à la poubelle ». Mais d'après la BBC, « M. Bush a ravi ses supporters en sortant de sa limousine et en faisant à pieds les derniers mètres de la parade, serrant des mains en compagnie de sa femme Laura ».
Moore poursuit: « Et les 8 mois qui suivirent ne furent pas meilleurs pour George W. Bush. Il ne pût nommer ses juges; il eut des difficultés à faire passer ses lois; et il perdit le contrôle Républicain du Sénat. Il commençait à chuter dans les sondages de popularité. »
Une partie de cela est vrai. Lorsque le Sénateur du Vermont, Jim Jeffords, quitta le Parti Républicain, les Démocrates contrôlèrent le Sénat, et essayèrent de gagner du temps pour confirmer la nomination de certains des juges que Bush avait nommé dans les cours fédérales.
Mais le Congrès adopta l’élément majeur du programme de Bush: la réduction massive des impôts. Durant l’ été, la Chambre des Représentants, contrôlée par les Républicains fit passer facilement beaucoup d’éléments du programme de Bush, parmi lesquels la loi qui reflète l’une des priorités du Président: « H.R. 1 », la loi sur l’ éducation « No Child Left Behind ». Le sort des lois de Bush au Sénat contrôlé par les Démocrates, en août 2001, était incertain. En fin de compte le Sénat fit passer la loi « No Child Left Behind », mais certaines autres propositions de Bush ne passèrent pas.
Moore dit que Bush « commençait à plonger dans les sondages de satisfaction. » Cela n’est pas tout à fait exact, bien que je ne tienne pas cela pour un mensonge. De janvier à septembre 2001, la popularité de Bush dans les sondages variait très peu, entre 50 et 59%. Moore cite précisément un sondage du Christian Science Monitor qui donne 45 % d’opinions favorables à Bush le 5 septembre 2001, mais les résultats négatifs présentés ici ne sont pas représentatifs de l’opinion générale. Ce qui a vraiment changé pour Bush, dans les sondages, ce n’est pas que les taux de satisfaction plongeaient, mais que les taux d’insatisfaction augmentaient. Les sondages nationaux montraient que la différence satisfaits/insatisfaits était plus grande en janvier 2001 qu’à la fin de l’été 2001. Ainsi, dans le fond, Moore a raison quand il dit que les taux de satisfaction de Bush s’étaient détériorés, mais dans la forme, il se trompe.
« Il ressemblait déjà à un Président non réélu qui siège à titre provisoire jusqu'à l'instauration de son successeur. » Peut être dans l’imagination de Moore. Mais aucun commentateur sérieux n’avait fait ce genre de déclarations en 2001.
Bush est ensuite montré déclarant, « Une dictature ça serait quand même beaucoup plus simple, il n’y a pas photo. » Ce que Moore oublie de noter, pourtant, est que cette citation, du 26 juillet 2001, est une simple blague, comme l’était la déclaration de Moore dans Dude, Where's my Country? selon laquelle il n’avait pas eu de rapports sexuels avant l’ age de 32 ans.
Une autre blague de Bush est pourtant présentée comme une vraie blague, bien que le contexte (très important) soit absent. Presqu’à la fin du film, Bush parle à une audience en smoking. Il dit, « Je vous appelle les Riches et les Encore-plus-riches [Ndt : « I call you the haves and the have-mores », jeu de mots sur « the haves and the have-nots », c’est-à-dire les riches et les pauvres ]. Certains vous appelle l’élite ; Je vous appelle ma base. » La blague est suivie de plusieurs éléments dans lesquels Bush est accusé d’avoir commencé la guerre en Irak pour enrichir les businessmen. Du point de vue des spectateurs de Farenheit, Bush est en train de parler à un groupe inconnu de personnes riches. Ce discours est en fait celui du 19 Octobre 2000 au dîner de la Alfred E. Smith Memorial Foundation. Le dîner d’octobre 2000 était le 55e dîner annuel, qui permet de récolter tous les ans de l’argent pour les hôpitaux catholiques à New York. Les candidats Bush et Gore étaient les 2 invités d’honneur de cet événement, où les gens qui montent à la tribune, par tradition, sont amenés à se moquer d’eux-mêmes.
Gore plaisantât, « Le dîner du Al Smith représente une sainte et importante tradition, inventée, en fait, par moi même. » Parodiant sa promesse de mettre la Sécurité Sociale dans une « boite bien fermée«, Gore promit qu’il mettrait « Medicare dans un attaché-case bien fermé,« les fonds de la NASA dans un « sac Ziploc fermé hermétiquement » et garderait « toujours la laitue bien croquante. » ( Mary Ann Poust, « Presidential hopefuls Gore and Bush mix humor and politics at Al Smith Dinner, » Catholic New York, Oct. 26, 2000.) C’est pourquoi bien que Fahrenheit présente cette blague comme une preuve de l’ égoïsme de Bush, en réalité elle fait partie de l’action de Bush visant à trouver 1.6 million de dollars pour l’aide médicale des pauvres. Bien que certaines vérités soient dites dans ces plaisanteries, la blague de Bush n’était pas plus révélatrice de quoi que ce soit, que celle de Gore déclarant avoir fondé ce dîner en 1946, deux ans avant sa naissance.
[Réponse de Moore: cite les articles prédisant que Bush avait eu des problèmes avec le Congrès a propos des forages de l’Arctique, sur le financement des campagnes électorales et sur les œuvres de bienfaisance. Cite aussi un sondage californien dans lequel le pourcentage d’insatisfaction envers Bush est égal au pourcentage de satisfaction. Cite 2 ou 3 sondages supplémentaires, sélectionnant les pourcentages les plus bas pour Bush. Pas de réponses en ce qui concerne le dîner Alfred E. Smith.]
Deceits 6-7
Fahrenheit 9/11 annonce, « Au cours des 8 mois à son poste avant le 11 septembre 2001, George W. Bush a été en vacances, d’après le Washington Post, 42% du temps. »
Un peu avant le 9/11, le Post a calculé que Bush avait passé 42 % de sa présidence sur ses lieux de vacances ou sur la route pour aller en vacances, incluant 54 jours complets ou demi journées dans son ranch. Ce calcul, cependant, inclut les week-ends, ce que Moore ne mentionne pas. (Tom McNamee, « Just the facts on ‘Fahrenheit 9/11’ Chicago Sun-Times, June 28, 2004. See also: Mike Allen, « White House On the Range. Bush Retreats to Ranch for ‘Working Vacation’, » Washington Post, August 7, 2001 ).
Beaucoup de ces jours sont des journées de week-ends, et les séjours à Camp David incluent des visites de travail avec d’autres chefs d’Etats.
Scott Marquardt a examiné pour une semaine prise au hasard le détail des « vacances » de Bush en août 2001. Utilisant les documents publics du www.whitehouse.gov, voici ce qu’il trouva :
Lundi 20 aout :
Discours concernant le budget pendant
une visite d’un lycée à Independence, Missouri. Signature de six projet de loi. Annonce de ses nominations pour les postes de Chief Financial Officer du Département de l ‘Agriculture, Assistant Secretary of the Army for Financial Management, membre de la Federal Housing Finance Board, Assistant Secretary of Labor for Disabled Employment Policy, représentant des Etats-Unis d’ Amérique à l’Assemblée Générale de l’ O.N.U.., et Assistant Administrator of the U.S. Agency for International Development for the Bureau of Humanitarian Response.
Discours aux ouvriers de l’usine
Harley Davidson. Mardi 21 août :
Mercredi 22 aout :
Annonce des futurs rendez-vous avec
l’ambassadeur du Vietnam, et de diverses nominations : deux
personnes à la Commission on Fine Arts, six à la Commission sur le
futur de l' United States Aerospace Industry, trois à l’ Advisory
Committee to the Pension Benefits Guaranty Corporation, un à la
Board of Directors of the Corporation for Public Broadcasting, et
un au National Endowments for the Arts.
Rencontre brève avec la Presse.
Rencontre avec Andy Card et Karen Hughes, discussion a propos des questions de communication. Publication d’une proclamation instituant le Women's Equality Day. Samedi 25 aout :
En montrant un clip date du 25 août où l’on voit Bush expliqué à quel point il aime travailler dans son ranch, Moore annonce que « George Bush a passé le reste du mois d’août dans son ranch. » C’est faux comme le montre Scott Marquardt en étudiant les activités de Bush pour les jours suivants.
Dimanche 26 aout :
Discours aux Little
League World Series à Williamsport, Pennsylvania.
C’est une belle semaine de travail, pour des « vacances ». Marquandt consulte ensuite les activités de Bush pour les 3 prochains jours :
- Déclaration instituant une zone
hautement sinistrée en Ohio et ordonnant une aide fédérale pour
les comtés de Brown, Butler, Clermont et Hamilton.
Dans un sens, il est vrai qu’être Président est un travail 24h sur 24, 7 jours sur 7. Mais cela ne veut pas dire qu’il doit travailler toutes les minutes ! Un vrai travail 24h sur 24, 7 jours sur 7, impliquerait qu’on puisse critiquer le fait que le Président passe 33% de son temps à dormir s’ il dormait 8 heures par nuit !
Christopher Hitchens note:
Les images le montrent « se relaxant à Camp David » au côté de Tony Blair. Je dis « montrent, » même si cette photo passe si brièvement à l’écran que si vous éternuez ou clignez des yeux, vous ne pourrez pas reconnaître l’autre personne. Une rencontre avec le Premier Ministre du Royaume Uni, ça ne fait pas tellement « jour de relâche » !
Le président est aussi montré dans un célèbre clip d’informations TV, sur un terrain de golf, faisant une réponse sérieuse à une question sur le terrorisme et ensuite demandant aux journalistes de regarder son drive… Et bien, voilà ce que ça donne de prendre le président sur un terrain de golf ! (Christopher Hitchens, « Unfairenheit 9/11: The lies of Michael Moore, » Slate.com, June 21, 2004. (Certains défenseurs de Moore ont dénoncé Hitchens comme étant membre d’une vaste conspiration de droite. Hitchens, pourtant, a écrit une nécrologie de Ronald Reagan rappelant que dans son entretien en tête a tête avec Reagan, suite à une question qui avait mis Reagan en colère : « Le célèbre sourire génial se transforma en un rictus de furie sénile: j’avais en face de moi un lézard.cruel et stupide » Hitchens a aussi écrit un livre et produit un film, The Trials of Henry Kissinger, demandant à ce que Kissinger soit jugé pour crimes de guerre.)
A propos, il est bon de préciser que le clip de Bush faisant un commentaire sur le terrorisme, puis frappant une balle de golf, est aussi pris en dehors de son contexte, au moins partiellement. En effet, dans FNC Special Report, avec Brit Hume, Brian Wilson a noté la manière dont « le spectateur est laissé avec l’ impression trompeuse que M. Bush parle des terroristes d’ Al-Qaeda. » Mais Wilson révèle que « en regardant l’intégralité des rushs ont se rend compte que le Président parle d’ une attaque contre Israël, par un kamikaze Palestinien. » « Cyberalert, » Media Research Center, July 1, 2004, item. 3.
Il est intéressant de noter, comme on peut le lire dans l ‘autobiographie de Bill Clinton intitulée Ma Vie, qu’en Novembre 1995. lorsque le Président Clinton apprend qu’on a tiré sur le 1er Ministre israélien Yitzhak Rabin, Clinton sort sur la pelouse de la Maison Blanche et tape dans des balles de golf en attendant de savoir si Rabin va survivre. Que Clinton joue au golf après avoir appris ce crime terrible en Israël ne voulait évidemment pas dire qu’il se moquait totalement de ce crime. Si une chaîne de télévision avait filmé ces images de Clinton frappant dans des balles de golf en cette nuit terrible, il aurait été facile pour un réalisateur hyper-partisan de les utiliser de façon déloyale contre Clinton.
Moore termine cette partie sur les vacances avec cette phrase : « Ce fut un été pour se souvenir. A la fin, il quitta le Texas pour son deuxième endroit préféré ». Le film montre alors Bush en Floride. En fait, il rentra ensuite à Washington, où il teint un discours le 31 août.
[Réponse de Moore: Cite exactement le Washington Post: « si vous ajoutez tous les week-ends à Camp David, ceux de repos à Kennebunkport et les allez retour qui vont avec, W. aura passé 42 % de sa présidence sur des lieux de vacances ou en route pour y aller ». N’essaye pas de défendre Fahrenheit en ce qui concerne la mauvaise interprétation des dires du Post. N’explique pas pourquoi le contexte israélien a été retiré de la citation de Bush. Ne défend pas sa fausse affirmation selon laquelle Bush quitta le Texas pour la Floride.]
Pre-9/11 Briefing Deceits 8-10
Châtiant le Président prétendu fainéant, Moore dit : « Ou peut être aurait il dû lire le rapport de sécurité qu’on lui a donné le 6 août 2001 qui disait qu’ Ossama Ben Laden planifiait d’attaquer les Etats-Unis en détournant des avions ».
Moore ne fournit aucune preuve montrant que Bush n’aurait pas lu ce rapport, c’est une fabrication totale.
Moore laisse entendre que le Président Bush n’ a pas lu ce rapport parce que son titre était trop flou. Il montre alors Condoleezza Rice annonçant le titre du rapport : « Bin Laden Determined to Strike in U.S. » Ici, Moore manipule bien les spectateurs, en oubliant de préciser notamment que le témoignage de Condoleezza Rice à la Commission du 11 Septembre indiquait que le contenu du rapport était vague.
Pourtant, personne (sauf Moore) n’a jamais dit que Bush n’avait pas lu ce rapport, ou qu’il ne l’avait pas lu parce que le titre était trop vague. Condoleezza Rice a en fait dit en conférence de presse que les informations dans ce rapport était « très vagues. » National Security Advisor Holds Press Briefing, The White House, May 16, 2002.
Le contenu du document confirme la déclaration de Rice, et réfute l’ assertion de Moore selon laquelle « le rapport dit qu’ Ossama ben Laden préparait une attaque aux USA par détournement d’avions. » Le véritable rapport est très ambigu:
« Nous n’avons pas été capable de prouver la réalité de certaines des menaces rapportées les plus spectaculaires, telle que celle émanant du service [texte effacé] en 1998 nous disant que Bin Laden voulait détourner un avion américain pour faire libérer le « Cheik aveugle » ‘Umar’ Abd aI-Rahman et d’autres extrémistes détenus par les Etats-Unis.
Néanmoins, les informations du FBI de cette époque indiquent un schéma d’activités suspectes dans ce pays, qui permet de suspecter la préparation de détournements d’avions ou d’autres types d’attaques, comme par exemple la surveillance de bâtiments fédéraux à New York. »
(Certains lecteurs se demandent pourquoi ce court segment englobe trois erreurs. Les voici : 1. Bush n’aurait pas lu le mémo, 2. Que le titre du mémo soit pris comme une excuse pour ne pas lire ce mémo, 3. Oublier de dire que le mémo était ambigu, et que la menace d’un détournement d’avion était considérée par le FBI comme quelque chose d’« impossible à vérifier. »)
[Réponse de Moore: Reconnaît tacitement que Bush a lu le mémo du 6 août: « il était (à l’inverse du reste des américains) déjà au courant qu’ Ossama ben Laden préparait d’attaquer l’Amérique en détournant des avions, grâce au mémo du 6 août 2001 [August 6, 2001 Presidential Daily Brief (PDB)]. » Ne parle pas directement du mensonge de Fahrenheit disant que Bush n’avait pas lu le PDB, ou du mensonge selon lequel Bush avait utilisé le caractère vague du titre du PDB comme excuse pour ne pas le lire. Cite précisément le PDB, sans reconnaître que celui ci était beaucoup plus équivoque que Fahrenheit ne le dit.]
Moore's changing positions
Fahrenheit présente une séquence impressionnante sur les attaques du 11 Septembre. Pas de narration, et la musique rend bien l’atmosphère dramatique, tout en restant de bon goût. Les images sont les réactions des piétons, le souffle coupé, abasourdis, horrifiés.
On a critiqué Moore pour son utilisation des seules images des réactions, afin d’éviter habilement de montrer les images des avions s’engouffrant dans les tours ainsi que celles montrant certaines victimes se suicidant en sautant dans le vide. Même si cela est vrai, cette partie évoque tout de même efficacement l’horreur et l’atrocité que chaque être humain décent peut ressentir au vu des images du 11 Septembre.
Mais comme le rappelle l’ancien maire de New York Edward Koch, Moore a dit :
« Je ne sais pas pourquoi nous faisons autant de foin avec ces actes de terrorisme. On a trois fois plus de chances d’être touché par un éclair que de mourir d’un acte terroriste. »
Si il existe un contexte particulier qui pourrait expliquer cette phrase de Michael Moore, cela n’ a pas été précisé sur son site Web. Il semble invraisemblable que la « war room » de Moore ne soit pas au courant de cette critique très dure écrite par l’ancien maire Koch.
Le 1er commentaire publique de Moore après les attentats du 11 septembre a été pour se plaindre du fait que plus de Démocrates que de Républicains aient été tués :
« Si quelqu’un a fait ça pour toucher Bush, alors il a réussi en tuant des centaines de personnes qui n’avait pas voté pour lui ! Boston, New York, DC, et la destination des avions, la Californie—ce sont des endroits qui ont voté contre Bush! »
(La citation a été à l’origine postée comme le « Mike's Message » sur le site de Moore le 12 Septembre, mais a été effacé peu de temps après. Parmi les nombreux lieux où cette phrase de Moore a été répétée, on trouve The New Statesman, un magazine politique britannique de gauche.)
On peut ressentir de la grande sympathie pour une victime d’un éclair, mais on peut aussi se rendre compte que malgré tout, le « problème des éclairs », ne mérite pas autant de réactions. Fahrenheit présente le 11 Septembre comme une tragédie terrible (dans laquelle Moore a perdu un de ses amis et où beaucoup de gens ont perdu des êtres chers), et comme quelque chose qui mérite qu’on en parle. Sur ce dernier point, l’opinion présentée dans Fahrenheit ne semble pas être la même que la véritable opinion de Moore.
[Réponse de Moore: aucune.]
Cheap Shot
Fahrenheit se moque du Président Bush qui continue à lire le livre « My Pet Goat » [ Ma Chèvre préférée ] à une classe d’enfants du primaire après avoir appris les attentats du 11 Septembre. En réalité, comme le rapporte The New Yorker, le livre était intitulé Reading Mastery 2, qui contient un exercice « The Pet Goat. » Le titre du livre n’est pas très important en soi, mais le titre inventé, Ma chèvre préférée, permet plus facilement de ridiculiser Bush..
Ce que Moore ne nous dit pas:
Gwendolyn Tose’-Rigell, la directrice de l’ Emma E. Booker Elementary School, trouve remarquable la réaction de Bush : « Je ne pense pas que quelqu’un aurait pu mieux réagir que ça (…) A quoi cela aurait il servi qu’il se lève d’un bond et qu’il sorte en courrant de la classe ? »…
Elle ajoute que la vidéo ne permet pas de se rendre compte de tout ce qui se passait dans la salle de classe, mais que la présence de Bush eut un effet apaisant et « nous a aidé dans cette journée très difficile. » « Sarasota principal defends Bush from ‘Fahrenheit 9/11’ portrayal, » Associated Press, June 24, 2004.
De même, alors que le Président savait qu’il était filmé, n’était il pas plus raisonnable d’attendre plutôt que de courir soudainement vers la porte ? Ce mouvement précipité aurait sans doute été diffusé en boucle à la télévision; quitter la classe rapidement aurait sans doute exacerbé le sentiment national de panique, et ce même si Bush s’était excusé calmement.
Moore ne donne aucune suggestion sur ce que le Président aurait du faire durant ces 7 minutes, plutôt que de rester calme dans l’intérêt de la classe et du public. Il ne prouve pas non plus que les événements du 11 septembre auraient pu se dérouler beaucoup mieux si le Président avait agi différemment. Je suis d’accord avec Lee Hamilton, le vice-président de la commission du 11 Septembre et ancien représentant démocrate de l’ Indiana: « Bush a pris la bonne décision en restant calme, en ne se précipitant pas hors de la classe. »
Du reste, comme cela est montré par le Washington Times, Ari Fleischer était au fond de la classe, montrant un bloc notes où était inscrit, « NE DITES RIEN POUR L’INSTANT. » Les Services Secrets auraient tres bien pu faire preuve de prudence en faisant sortir Bush, non seulement à cause des détournements, mais aussi,parce que le matin même, un homme originaire du Moyen Orient avait tenté d’approcher le Président en déclarant faussement qu’ il était journaliste et qu’une interview était prévue, en appelant un agent des Services Secrets par son nom.
[Réponse de Moore: Défend l’exactitude des faits de cette partie (ce que personne n’a jamais nié), à l’exception du titre du livre.]
Saudi Departures from United States Erreurs 11-14
Moore joue le jeu classique consistant à dire une chose et à laisser entendre une autre lorsqu’il « explique » comment les membres de l’élite saoudienne ont pu quitter en avion les USA juste après le 11Septembre.
Si vous écoutez seulement ce que dit Moore pendant cette séquence —et que vous prenez attentivement des notes dans le noir—vous vous direz que ce qu’il dit est vrai. Lui et d’autres dans le film affirme que 142 saoudiens, dont 24 membres de la famille Ben Laden, ont pu quitter le pays après le 13 Septembre.
La date—13 septembre—est cruciale, parce que c’est exactement le moment où l’interdiction de tout trafic aérien au dessus des Etats-Unis pour raisons de sécurité a été adoucie.
Néanmoins, beaucoup de spectateurs quitteront la salle avec l’impression que les saoudiens, par traitement spécial accordé par la Maison Blanche, ont reçu l’autorisation de quitter le pays alors que tous les autres avions étaient cloués au sol. Cette fausse impression est créée par Moore, lorsqu’il mentionne la date 13 septembre, sans ajouter que l’interdiction totale de voler avait déjà été levée. Cette fausse impression est encore accentuée quand Moore montre le chanteur Ricky Martin faire les 100 pas dans un aéroport, et qu’il dit : « Même Ricky Martin ne peut pas voler. Mais en réalité, qui voudrait voler ? Personne. Sauf les Ben Laden. »
Mais le film oublie de mentionner que le FBI avait interrogé 30 des saoudiens avant qu’ils s’en aillent. Et la Commission indépendante sur les événements du 11 Septembre a signalé que « chacun des vols [qu’elle] avait étudié avait été analysé et inspecté de manière professionnelle avant son départ. »McNamee, Chicago Sun-Times. (Note: L’ article du Sun-Times est correct dans sa retranscription de la séquence de Ricky Martin, mais n’est pas tout à fait exact lorsqu’il reporte les termes utilises dans le film. J’ai replacé les citations exactes. Le 13 septembre, l’espace aérien des USA était rouvert pour un petit nombre de vols; les vols charters étaient autorisés, et les compagnies aériennes étaient autorisées à déplacer leurs avions dans de nouveaux aéroports pour recommencer à transporter des passagers à partir du 14 septembre.)
« Tapper: Votre film montre l’ancien patron de l’anti-terrorisme Richard Clarke, et vous l’utilisez pour critiquer l’administration Bush. Pourtant dans une autre partie du film, une qui apparaît même dans la bande annonce, vous critiquez les membres de l’administration Bush ayant pour vous permis aux membres de la famille Ben Laden de quitter le pays en avion presque immédiatement après le 11. Ce que le film ne montre pas c’est que Richard Clarke dit qu'il a autorisé ces vols. Est-ce juste de ne pas montrer cela ?
Moore: En fait, je le montre… Je mets l’article du New York Times et ça fait 12 mètres sur l’écran, on peut y voir le nom de Richard Clarke disant qu’il autorise les vols à partir des informations que lui donne le FBI. C’est juste là, sur l’écran. Je ne suis pas d’accord avec Richard Clarke à ce sujet. Ce n’est pas parce que je considère qu’il est bon sur de nombreux points que je suis toujours d’accord avec lui. » Jake Tapper interview with Michael Moore, ABC News, June 25, 2004.
Dans une interview de l' Associated Press, Clarke déclare qu’il est d’accord avec presque tout ce que Moore dit, mais que la partie sur le vol saoudien est une erreur. Clarke témoigne à la Commission du 11 Septembre, le 3 Septembre 2003, et affirme que laisser partir les saoudiens « était en décision prise en toute conscience après un compte rendu complet aux plus hautes instances du Département d’Etat, du FBI, et de la Maison Blanche. » Il est possible de lire les déclarations de Clarke en 2003 comme étant compatibles avec ses déclarations de 2004; si vous pensez que ce que dit Clarke aujourd’hui est en totale contradiction avec ce qu’il disait en 2003, alors Clarke est un menteur, et tout ce qu’il dit dans Fahrenheit est discrédité. Bien qu’il n’est pas réellement fait ces déclarations expressément pour Fahrenheit; comme le montre la National Public Radio:
« Je pense que Moore fait une montagne d’une taupinière, » dit il. D’ailleurs, ajoute M.Clarke, « il ne m’a jamais interviewé. » Au lieu de ça, M. Moore a simplement réutilisé un extrait d’une interview à ABC.
Fahrenheit montre brièvement une photo du New York Times date du 4 Sept., 2003, article titré « White House Approved Departures of Saudis after Sept. 11, Ex-Aide Says. » [NdT : La Maison Blanche approuve le départ de saoudiens après le 11 septembre, affirme un ancien conseiller] La caméra passe bien trop vite sur l’article pour qu’un spectateur ordinaire puisse bien lire les déclarations dans lesquelles Clarke affirme qu’il a approuvé ces vols …
Tout comme Clarke, la plupart des personnages politiques de Fahrenheit 9/11 n’ont pas été filmés par Moore; il a utilisé des images prises par d’autres organismes. L’ Internet Movie Database liste 40 personnages publiques dans la « distribution » de Fahrenheit ; 37 sont indiqués comme « images d’archives. »
Quelques Saoudiens quittèrent les USA par vol charter le 14 septembre, jour où les vols commerciaux reprirent, mais où les avions charters ordinaires étaient encore cloués au sol. A quelle date les Ben Laden partirent réellement ? Pas avant la semaine suivante, comme l’explique le rapport des membres de la Commission du 11 Septembre:
« Craignant les représailles contre la population saoudienne, le gouvernement saoudien a demandé de l’aide en permettant à certains de ses concitoyens de quitter le pays. Nous avons pu vérifier que cette demande avait été faite à M. Richard Clarke et que chacun des vols étudiés avait été contrôlé par le F.B.I de manière très professionnelle juste avant son départ.
Aucuns vols commerciaux, même les vols charters, n’ont été autorisés à rentrer, sortir ou traverser l’espace aérien des Etats-Unis jusqu’au 13 septembre 2001. Apres la réouverture de l’espace aérien, 6 vols charters, avec 142 personnes à leur bord, pour la plupart résidents de l’Arabie Saoudite, ont quitté les Etats-Unis entre le 14 septembre et le 24 septembre. Un seul vol, qu’on pourrait appelé le ‘vol Ben Laden’, a quitté les Etats-Unis le 20 septembre avec 26 passagers à son bord, la plupart d’entre eux étant des parents d’ Oussama Ben Ladin. Nous n’avons trouvé aucunes preuves crédibles qu’un vol charter avec des résidents saoudiens ait quitté le sol des Etats-Unis avant la réouverture de l’espace aérien national.
Les vols saoudiens ont été suivi sur les radars par des officiers veillant à l’application de la loi, appartenant principalement au FBI, afin de s’assurer que les passagers de ces vols ne pourraient en aucun cas menacer la sécurité nationale, et qu’aucune personne surveillé par le F.B.I. dans le cadre des enquêtes sur le 11 septembre ne pourrait quitter le pays. Trente de ces 142 personnes furent questionnées par le F.B.I., dont 22 des 26 passagers (23 passagers et 3 gardes du corps) du vol Ben Laden. Aucuns ne fit état de quelconques contacts récents avec Oussama Ben Laden ou d’une quelqu’une connaissance d’activités terroristes.
Le FBI vérifia de nombreuses bases de données sur les passagers du vol Ben Laden et fouilla l’appareil. Il n’est pas sur que la liste TIPOFF ( NdT : la liste du Département d’Etat qui recense les personnes dangereuses) ait été utilisée. A notre demande, le Terrorist Screening Center a recherché le nom de chacun des passagers de ces 6 vols saoudiens dans la liste TIPOFF actuelle. On n’y trouve rien.
Le FBI en a conclu que toutes les personnes qu’il avait interrogé étaient autorisées à partir après interrogatoires au sujet des attaques du 11septembre. A ce jour, nous n’avons trouvé aucune preuve contredisant ces conclusions.
Le rapport final de la Commission confirme que Clarke était la personnalité officielle la plus haut placée ayant pris la décision de laisser partir les saoudiens, et que cette décision de Clarke n’avait eu aucuns effets néfastes aux enquêtes sur le 11 septembre. Cf les pages 328-29 du Rapport.
Enfin, la phrase de Moore, « Mais en réalité, qui voudrait voler ? Personne. Sauf les Ben Laden., » est aussi un mensonge personnel. Se trouvant en Californie le 11 Septembre, Michael Moore rentra chez lui, à New York, en voiture. Le 14 Septembre, il écrit à ses fans « Notre fille va bien, même si elle était assez effrayé que je préfère rentrer en avion qu’en voiture ». Moore cède aux demandes de sa femme et de sa fille, et rentre à New York en voiture. C’est donc vraiment hypocrite de la part de Moore de critiquer les saoudiens ( qui avaient tout de même légitimement peur de se faire attaquer par une population hostile et furieuse) juste parce qu’il voulait prendre l’avion pour rentrer chez eux, au même moment où lui-même voulait rentrer chez lui en avion.
(Erreurs: 1. Dates de départ des saoudiens 2. Omission de l’approbation de Richard Clarke pour ces départs, 3. Mensonge à Jake Tapper a propos du rôle de la manière dont Clarke est présenté dans le film 4. Moore lui même voulait prendre l’avion alors qu’il dit que seuls les Ben Laden le voulait.)
[Réponse de Moore : Fournit des citations montrant que « la Maison Blanche » a approuvé le départ des saoudiens; Ne cite pas la déclaration de Clarke disant qu’il était bien le membre de la « Maison Blanche » ayant approuvé ces départs. Ne répond pas aux déclarations de Clarke disant que le passage sur le départ des saoudiens dans Fahrenheit était « une erreur. » Fournit les dates exactes des départs des saoudiens ; Ne parle pas du fait que le film induit les spectateurs en erreurs sur le contexte de ces départs. Cite la Commission du 11 Septembre (qui dit que les interrogatoires étaient « détaillés » en même temps que d’autres sources, dont le National Review, qui dit qu’ils ne l’étaient pas … ).
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